Le 14 juillet 1951 à Silverstone, le pilote argentin José Froilán González offre à Ferrari sa première victoire en Formule 1, au volant d’une 375. La marque n’a pourtant que quatre ans et son usine de Maranello assemble chaque voiture à la main. Des carrosseries sur mesure aux premières petites séries, voici les Ferrari des années 50 qui ont marqué la décennie et les courses qui ont bâti leur légende.
Pourquoi chaque Ferrari des années 50 est-elle une pièce presque unique ?
Au début des années 50, les marques de prestige de l’industrie automobile italienne ne fabriquent pas la caisse de leurs voitures. Ferrari vend un châssis équipé de son moteur V12 et l’acheteur confie l’habillage au carrossier de son choix, un atelier qui dessine et façonne la carrosserie à la main.
Touring, Vignale, Ghia et Pinin Farina se disputent ces commandes. Le même châssis devient un spider1 de course ou un coupé de grand tourisme, selon les envies du client.
Sortie en 1950, la 166 MM Berlinetta Le Mans n’a par exemple été produite qu’à cinq exemplaires, tous carrossés par Touring. Son V12 de 2 litres développe 170 ch.
L’argent des clients sert d’abord à financer l’écurie de course, la Scuderia, priorité absolue de son fondateur, l’ancien pilote Enzo Ferrari.
Quatre Ferrari de route qui ont fait la réputation de Maranello
Entre la 212 Inter de 1951 et la 250 GT Coupé de 1958, Ferrari passe de la voiture unique, carrossée au gré du client, à la petite série fabriquée sur un modèle commun.
Ferrari 212 Inter : la première Ferrari habillée par Pinin Farina

Lancée en 1951, la 212 Inter reçoit un V12 de 2,6 litres conçu par l’ingénieur Gioachino Colombo. Ses 150 ch environ l’emmènent à 200 km/h. Ferrari en assemble 82 exemplaires, carrossés par six ateliers différents. En 1952, un cabriolet 212 Inter inaugure la collaboration avec Pinin Farina, qui dessinera l’essentiel des Ferrari des décennies suivantes.
Le problème, c’est que deux 212 Inter ne se ressemblent jamais tout à fait : faute de modèle de référence, chaque voiture doit être certifiée par Ferrari Classiche, le service de la marque dédié aux modèles anciens. Elle s’adresse aux collectionneurs qui recherchent une pièce chargée d’histoire.
Ferrari 410 Superamerica : un V12 de 5 litres pour le marché américain

Son nom, Superamerica, désigne sa cible, les riches clients américains, que Ferrari courtise depuis la 340 America de 1951. Présentée en 1956, la 410 Superamerica embarque un V12 de 4,9 litres conçu par Aurelio Lampredi, l’autre motoriste de la marque, qui délivre 340 ch sur la première série et frôle les 260 km/h. Seuls 35 exemplaires sortent de l’usine jusqu’en 1959.
Point de vigilance pour les collectionneurs : ce V12 réclame un spécialiste et certaines pièces doivent être refabriquées à l’unité, ce qui alourdit chaque révision. Pour ceux qui aiment avaler les longues étapes, c’est la grande routière de la décennie.
Ferrari 250 GT Coupé Pinin Farina : 353 exemplaires, la première vraie série

À 450 000 € pour un exemplaire de 1959 dans une annonce relevée en octobre 2026, la 250 GT Coupé Pinin Farina est la porte d’entrée dans l’univers des Ferrari anciennes. Produite de 1958 à 1960 dans la nouvelle usine de Pinin Farina, elle est la première Ferrari fabriquée à l’identique, à 353 exemplaires.
Son V12 de 3 litres et 240 ch la propulse à 215 km/h et sert de base à la gamme de route jusqu’au milieu des années 60. On lui reprochera une ligne sage, sans les courbes du spider California, d’où une cote plus de vingt fois inférieure à celle de ce dernier.
Ferrari 250 GT California Spyder : 50 exemplaires à empattement long

En 1957, John von Neumann, distributeur de Ferrari sur la côte ouest des États-Unis, réclame un spider taillé pour le soleil californien. Le carrossier Scaglietti le construit sur la base de la 250 GT Berlinetta, avec un V12 de 3 litres de 240 ch capable d’atteindre 252 km/h. Les 50 exemplaires à empattement2 long sortent entre 1958 et 1960, avant l’arrivée d’une version à empattement court.
Une annonce relevée en octobre 2026 demande 10 millions d’euros pour une voiture de 1959. Un tel prix a suscité des répliques bâties sur des 250 GT Coupé, d’où l’intérêt d’exiger l’historique complet du châssis avant tout achat.
Comment la course a bâti la légende de la marque
Entre 1952 et 1958, la Scuderia décroche quatre titres de champion du monde des pilotes en Formule 1 et deux victoires aux 24 Heures du Mans.
| Année | Épreuve | Voiture | Pilote(s) |
| 1952 et 1953 | Championnat du monde de Formule 1 | Ferrari 500 | Alberto Ascari |
| 1954 | 24 Heures du Mans | Ferrari 375 Plus | José Froilán González et Maurice Trintignant |
| 1956 | Mille Miglia3 | Ferrari 290 MM | Eugenio Castellotti |
| 1956 | Championnat du monde de Formule 1 | Lancia-Ferrari D50 | Juan Manuel Fangio |
| 1957 | Mille Miglia | Ferrari 315 S | Piero Taruffi |
| 1958 | 24 Heures du Mans | Ferrari 250 Testa Rossa | Olivier Gendebien et Phil Hill |
| 1958 | Championnat du monde de Formule 1 | Ferrari 246 F1 | Mike Hawthorn |
Au Mans, Ferrari se heurte surtout à Jaguar. Devancée en 1953 par la Jaguar C-Type, la Scuderia prend sa revanche l’année suivante avec la 375 Plus, avant que la Jaguar Type D ne s’impose de 1955 à 1957.
Les courses disputées sur les routes publiques, et non sur un circuit, ont aussi leur revers. Lors des Mille Miglia de 1957, dernière édition disputée comme une épreuve de vitesse, la sortie de route de la Ferrari 335 S du pilote espagnol Alfonso de Portago coûte la vie à son équipage et à des spectateurs. L’État italien interdit ensuite les courses de vitesse sur les routes publiques.
FAQ
Une Ferrari 335 S de 1957, carrossée par Scaglietti, a été adjugée 32 075 200 € par la maison de ventes Artcurial au salon Rétromobile de Paris, le 5 février 2016. Les voitures de course de la Scuderia, dont l’histoire est documentée épreuve par épreuve, atteignent des prix sans commune mesure avec les modèles de route.
Il donne la cylindrée d’un seul cylindre, en cm³. Une 250 compte ainsi 12 cylindres de 250 cm³, soit 3 litres au total. La règle change avec les Dino4, dont le nombre associe cylindrée totale et nombre de cylindres : 246 pour 2,4 litres et 6 cylindres.
Moins qu’on ne l’imagine, à condition d’anticiper les freinages. Jusqu’à la 250 GT Berlinetta à empattement court de 1959, première Ferrari de route équipée de freins à disque, les modèles de la marque freinent avec des tambours, qui chauffent et perdent de leur efficacité dans les descentes. La boîte à 5 rapports, présente dès 1950, et l’embrayage léger facilitent en revanche la conduite.
« Testa rossa » signifie « tête rouge » en italien. Le nom désigne les couvre-culasses peints en rouge, ces capots métalliques qui coiffent le haut du moteur. Ils apparaissent sur la 500 TR de 1956, avant d’être repris sur la 250 Testa Rossa.
Le Musée Ferrari de Maranello et le Musée Enzo Ferrari de Modène, en Émilie-Romagne, présentent des modèles de cette décennie dans leurs expositions temporaires. Chaque année, une reconstitution de la course des Mille Miglia emprunte aussi le trajet d’origine entre Brescia et Rome, avec des voitures du type de celles qui ont couru entre 1927 et 1957. Il s’agit d’une épreuve de régularité, où chaque équipage doit tenir une moyenne imposée.
- Spider : voiture de sport décapotable à deux places, sans toit rigide, protégée au mieux par une capote légère. ↩︎
- Empattement : distance entre l’axe des roues avant et celui des roues arrière. ↩︎
- Mille Miglia : « mille milles » en français, soit environ 1 600 km. Course automobile disputée de 1927 à 1957 sur les routes publiques d’Italie. Les pilotes partaient de Brescia, en Lombardie, descendaient jusqu’à Rome, puis remontaient vers Brescia, où se trouvait l’arrivée. ↩︎

