Les Jaguar produites entre 1970 et 1979 s’inscrivent dans un contexte industriel marqué par les crises pétrolières de 1973 et 1979. Cette période impose une rationalisation des motorisations tout en maintenant des performances élevées. Les ingénieurs de Coventry, siège de la marque, introduisent des architectures V12 en grande série. Les modèles lancés ou maintenus durant cette décennie combinent structure monocoque, suspension indépendante sur les quatre roues et freinage à disques ventilés. La production s’organise autour de deux segments distincts : les coupés et roadsters sportifs d’une part et les berlines de luxe à empattement long d’autre part.
Jaguar E-Type Série 2 et Série 3 (1968–1974)

La Jaguar E-Type Série 2 et sa déclinaison Série 3 constituent une évolution technique d’un modèle lancé initialement en 1961. Bien différente de la type E des années 60, la Série 2, produite entre 1968 et 1971, dispose d’un moteur 6 cylindres en ligne de 4,2 litres à double arbre à cames en tête1 qui délivre une puissance de 265 chevaux à 5 400 tr/min. Le passage de 0 à 100 km/h s’effectue en 7,2 secondes, avec une vitesse maximale mesurée à 240 km/h.
La Série 3, introduite en 1971 et produite jusqu’en 1974, adopte un moteur V12 de 5,3 litres. Celui-ci développe 272 chevaux et repose sur une alimentation par quatre carburateurs Zenith-Stromberg. Le 0 à 100 km/h descend à environ 6,9 secondes, tandis que la vitesse maximale reste proche de 240 km/h. Le couple moteur atteint 412 Nm, disponible dès 3 600 tr/min, ce qui modifie profondément le comportement dynamique en favorisant les reprises à bas régime.
Le châssis utilise une suspension indépendante à double triangulation à l’avant et un train arrière indépendant avec bras tirés2. Le freinage repose sur quatre disques.
Jaguar XJ6 (1968–1979)

La Jaguar XJ6 constitue la base de la gamme berline Jaguar durant toute la décennie. Produite de 1968 à 1979 dans sa première génération (séries I, II et III), elle utilise un moteur 6 cylindres en ligne de 4,2 litres. La puissance varie entre 170 et 245 chevaux selon les versions et les marchés.
Le 0 à 100 km/h est réalisé en 12 secondes pour les versions standard équipées d’une transmission automatique Borg-Warner à 3 rapports. La vitesse maximale atteint 182 km/h dans sa configuration la plus répandue. Le couple maximal s’établit autour de 304 Nm.
La structure repose sur une carrosserie monocoque en acier, avec un empattement de 2764 mm. La suspension arrière indépendante intègre des ressorts hélicoïdaux combinés à des amortisseurs télescopiques.
L’intérieur intègre des matériaux spécifiques avec du cuir Connolly pour les sièges, du placage en noyer pour la planche de bord et l’instrumentation analogique Smiths à affichage circulaire.
Jaguar XJ12 (1972–1979)

La Jaguar XJ12, introduite en 1972 et produite jusqu’en 1979, est la première berline quatre portes équipée d’un moteur V12 en production de série. Le bloc de 5,3 litres développe une puissance comprise entre 253 et 285 chevaux selon les réglages de carburation et les normes antipollution.
Le 0 à 100 km/h est effectué en environ 7,5 secondes, ce qui positionne la XJ12 au niveau des coupés sportifs contemporains. La vitesse maximale atteint 225 km/h. Le moteur délivre un couple de 412 Nm, ce qui permet une accélération linéaire sans rupture de charge.
La transmission est assurée par une boîte automatique GM Turbo-Hydramatic 400 à 3 rapports. Ce choix technique vise à absorber le couple élevé du V12 tout en garantissant une durabilité mécanique accrue.
Le système de refroidissement utilise un radiateur à haute capacité et un ventilateur visco-coupleur3, nécessaires pour dissiper les calories générées par les 12 cylindres. La consommation moyenne se situe entre 18 et 22 litres aux 100 km, selon le type de conduite et de déplacement.
Jaguar XJ-C (1975–1978)

La Jaguar XJ-C est produite entre 1975 et 1978. Il s’agit d’une version coupée deux portes dérivée de la XJ6. Elle est disponible avec le moteur 4,2 litres 6 cylindres ou le V12 5,3 litres.
Dans sa version 6 cylindres, la XJ-C atteint une vitesse maximale de 190 km/h et réalise le 0 à 100 km/h en 10,5 secondes. La version V12 affiche une vitesse maximale de 225 km/h et un 0 à 100 km/h en 7,8 secondes.
Comme le toit ne comporte pas de montant central, il faut renforcer le châssis pour que la voiture reste suffisamment rigide. Cette solution technique rend le véhicule un peu plus lourd, avec environ 70 kg supplémentaires par rapport à une berline équivalente.
La production totale reste limitée, avec environ 10 426 unités fabriquées. Cette rareté s’explique par des contraintes industrielles liées à la fabrication de la carrosserie et à l’ajustement des vitrages sans cadre.
Jaguar XJS (1975–1979)

La Jaguar XJS est lancée en 1975 pour remplacer l’E-Type. Elle sera produite jusqu’en 1996. Elle utilise exclusivement un moteur V12 de 5,3 litres.
La puissance se situe autour de 285 chevaux. Le 0 à 100 km/h est réalisé en 7,6 secondes et la vitesse maximale atteint 230 km/h. Le couple moteur permet une accélération progressive adaptée à un usage grand tourisme (GT).
Le design introduit des éléments structurels spécifiques comme :
- Les montants arrières élargis pour améliorer la rigidité,
- le profil fastback4 pour réduire la traînée,
- la structure renforcée pour répondre aux normes américaines.
La suspension arrière indépendante est reprise de la XJ6, avec des modifications pour supporter le poids supplémentaire du V12. La transmission automatique à 3 rapports domine la production, bien qu’une boîte manuelle à 4 rapports soit proposée sur certains marchés européens. Le réservoir de carburant de 90 litres permet une autonomie d’environ 400 km en usage mixte, en raison d’une consommation moyenne supérieure à 20 litres aux 100 km.
Notes de bas de page
- Arbre à cames en tête : dispositif mécanique placé dans la partie supérieure du moteur, chargé de commander l’ouverture et la fermeture des soupapes en fonction du cycle de fonctionnement. En étant positionné au-dessus des cylindres (sur la tête des cylindres), il agit directement ou via des éléments intermédiaires sur les soupapes, ce qui permet de contrôler avec précision l’admission de l’air et l’évacuation des gaz. Une came est une pièce fixée sur un axe en rotation, conçue pour transformer ce mouvement de rotation en un déplacement commandé d’un autre élément. Sa forme détermine la manière dont elle pousse, soulève ou libère la pièce en contact, ce qui permet de régler précisément le mouvement obtenu. ↩︎
- Suspension à bras tiré : type de suspension dans lequel chaque roue est reliée au châssis par un bras fixé en avant de celle-ci et orienté vers l’arrière. Ce bras guide le mouvement de la roue lors des déplacements verticaux, en assurant son maintien et en transmettant les efforts liés à la route au reste du véhicule. Ce type de suspension est surtout utilisé sur les roues arrière des motos. ↩︎
- Ventilateur visco-coupleur : dispositif de refroidissement moteur équipé d’un mécanisme utilisant un fluide pour ajuster la vitesse de rotation du ventilateur en fonction de la température. Lorsque la chaleur augmente, le système transmet davantage de mouvement au ventilateur pour renforcer le flux d’air à travers le radiateur, contribuant ainsi à maintenir une température de fonctionnement adaptée. ↩︎
- Fastback : type de carrosserie automobile caractérisé par une ligne de toit qui descend de manière continue vers l’arrière du véhicule jusqu’au coffre. Cette forme crée un profil allongé et fluide, où la partie arrière s’intègre dans le prolongement de l’habitacle. ↩︎

