Sur une route à double sens, la chaussée descend légèrement de son axe vers les bords pour évacuer la pluie, une pente que le Sétra (Service d’études sur les transports, les routes et leurs aménagements) décrit dans son rapport « Comprendre les principaux paramètres de conception géométrique des routes », publié en janvier 2006. Une voiture en parfait état peut donc glisser doucement vers l’accotement dès que vous relâchez le volant. Un pneu sous-gonflé ou un étrier de frein grippé produisent pourtant la même sensation.
Votre voiture dévie-t-elle vraiment ?
Quand vous lâchez le volant et que la voiture tire à droite, la pente de la chaussée n’est pas la seule explication sans lien avec une panne. Trois autres situations trompent le conducteur : les ornières creusées sur la chaussée par les poids lourds, qui guident les roues, un vent de travers sur un viaduc ou en rase campagne et un coffre ou un véhicule chargé d’un seul côté.
Pour en avoir le cœur net, refaites le test sur une ligne droite plane et sans circulation, le parking vide d’une zone commerciale le dimanche matin par exemple, à 30 km/h environ. Relâchez votre prise sur le volant pendant deux à trois secondes sans éloigner vos mains. L’article R412-6 du Code de la route impose en effet au conducteur d’être à tout moment en position d’effectuer les manœuvres nécessaires. Un lâcher complet en pleine circulation est puni d’une amende de 35 €.
Si la voiture dévie encore sur ce sol plat, la cause est mécanique et justifie un contrôle.
Les pneus, premiers suspects

Un contrôle de la pression et un coup d’œil sur la bande de roulement prennent dix minutes à la station-service, sans rien coûter. D’où l’intérêt de commencer par les pneus avant tout passage au garage.
Un écart de pression entre gauche et droite
Le pneu le moins gonflé s’écrase davantage au sol et oppose plus de résistance au roulement que son voisin, ce qui attire la voiture de son côté. Un écart invisible à l’œil nu suffit à produire cet effet. Au-delà de cette déviation, un pneu sous-gonflé ou surgonflé s’use plus vite et freine moins bien sur sol mouillé.
Contrôlez la pression des quatre pneus une fois par mois, à froid, c’est-à-dire avant d’avoir roulé plus de 3 km. Les valeurs à respecter figurent sur l’étiquette collée dans l’encadrement de la portière conducteur ou sur la trappe à carburant, avec une pression distincte pour l’avant et l’arrière selon la charge transportée. Le chiffre moulé sur le flanc du pneu indique quant à lui la pression maximale qu’il supporte, et non celle à appliquer.
Une usure qui trahit un défaut
La bande de roulement garde la trace de ce qui se passe sous la voiture. Un pneu avant usé sur son seul bord intérieur ou extérieur signale une géométrie déréglée (angles des roues mal réglés par rapport à la voiture). Une bande de roulement creusée par endroits, en plaques réparties sur le tour du pneu, accuse plutôt un amortisseur fatigué, car la roue rebondit et frotte plus fort la chaussée à chaque retombée. Comparez aussi les deux pneus d’un même essieu, car un écart de profondeur de sculpture entre la gauche et la droite déséquilibre l’adhérence.
Pour vérifier l’usure de vos pneus, passez la main à plat sur la bande de roulement, dans un sens puis dans l’autre. Les bavures (fines lamelles de gomme qui dépassent du bord du pneu) qui se forment sur un seul bord se sentent avant même d’être visibles.
Deux pneus différents ou un pneu défectueux
Deux pneus d’un même essieu (les deux roues avant ou les deux roues arrière) qui ne sont pas de la même marque et qui n’ont pas la même structure ne réagissent pas de la même façon au contact de la route. La réglementation l’interdit d’ailleurs. Comme le rappelle le TNPF (Travaux de normalisation des pneumatiques pour la France) dans sa fiche « Montage de pneus de marques différentes », publiée en janvier 2019, l’arrêté du 24 octobre 1994 impose sur un même essieu des pneus de même marque, de même dimension, de même structure, de même catégorie d’utilisation, de même indice de charge et de même code de vitesse.
Une déviation qui apparaît juste après le montage de pneus neufs peut aussi venir d’un défaut de fabrication appelé conicité (pneu légèrement conique, qui roule en courbe). Pour le vérifier, faites intervertir les deux roues avant. Si la voiture tire ensuite de l’autre côté, le pneu est en cause et relève de la garantie du vendeur. Si elle tire toujours du même côté, le défaut se trouve ailleurs.
Avec des pneus directionnels, dont les sculptures sont conçues pour tourner dans un seul sens, l’opération impose de démonter chaque pneu de sa jante, car le passer de l’autre côté sans le démonter inverserait son sens de rotation. Ces pneus se reconnaissent à la flèche moulée sur leur flanc.
Quand la géométrie des roues est déréglée
La géométrie regroupe trois angles de réglage des roues. Le parallélisme indique, vu du dessus, si les deux roues d’un même essieu sont parallèles ou si l’avant des roues pointe vers l’intérieur ou s’il pointe vers l’extérieur. Le carrossage correspond à l’inclinaison de la roue vue de face. La chasse, enfin, se voit de profil. Quand vous braquez, la roue tourne autour d’un axe qui n’est pas vertical mais penché vers l’arrière, comme la fourche d’un vélo, et cette inclinaison ramène le volant au centre en sortie de virage.
Dans sa fiche « Parallélisme et équilibrage des pneus », publiée en février 2026, Michelin rappelle qu’un écart de carrossage trop grand entre les deux roues avant fait tirer le véhicule d’un côté. Une différence de chasse entre la gauche et la droite produit le même effet. Un parallélisme déréglé se traduit en revanche d’abord par un volant de travers en ligne droite et par l’usure rapide d’un bord des pneus.
Un trottoir heurté en se garant ou un nid-de-poule abordé sans ralentir suffit à fausser ces angles, en tordant une biellette de direction ou un bras de suspension. Avant de régler une voiture sur son banc de géométrie1, le garagiste contrôle les pièces du train avant. Une pièce de direction usée laisse en effet à la roue une liberté de mouvement qui fausse le réglage dès les premiers kilomètres.
Comptez, en octobre 2026, de 49 à 165 € de main-d’œuvre pour un réglage du train avant.
Des pièces de direction ou de suspension usées
Entre le volant et la roue, chaque pièce mobile finit par prendre du jeu. Les rotules (articulations en forme de boule) et les biellettes de direction (tiges qui transmettent le braquage à la roue) s’usent avec les kilomètres et les chocs. Une roue mal tenue suit alors les défauts de la route et la voiture se décale d’un côté ou change sans cesse légèrement de trajectoire en ligne droite, ce qui vous oblige à corriger le volant en permanence.
Les silentblocs, ces bagues en caoutchouc qui relient les bras de suspension à la caisse, durcissent et se fendent avec l’âge. Côté amortisseurs, s’il y en a un qui est plus fatigué que l’autre, celui-ci va laisser rebondir sa roue, qui perd en adhérence. Faites contrôler vos amortisseurs à partir de 80 000 km, puis tous les 20 000 km.
Trois signes doivent vous alerter : un claquement sourd sur les dos-d’âne, un volant qui bouge à vide avant que les roues ne réagissent et un volant qui vibre sur une route déformée. Le diagnostic se confirme sur un pont élévateur, où le mécanicien secoue les roues une à une à la main pour voir si elles ont du jeu.
Que faire si votre voiture ne tire à droite ou à gauche qu’au freinage ou à l’accélération ?

Si votre voiture roule droit mais part d’un côté dès que vous appuyez sur la pédale de frein, le problème vient des freins. Commencez par faire contrôler l’étrier, la pièce qui serre les plaquettes contre le disque. Quand son piston est grippé par la rouille, l’étrier ne se relâche pas complètement ou serre plus fort que celui de l’autre roue. La voiture est ainsi attirée de son côté. À l’inverse, une plaquette imbibée de liquide de frein ou de graisse freine moins bien et fait partir la voiture vers la roue opposée.
Après un quart d’heure de route sans gros freinage, approchez le dos de la main des deux jantes avant, sans les toucher. Une jante nettement plus chaude que l’autre signale un étrier qui frotte en permanence. Ne différez pas la réparation : il en va de votre sécurité, car une voiture qui se déporte au freinage allonge sa distance d’arrêt et peut quitter sa voie lors d’un freinage d’urgence.
À l’accélération, la cause est différente. Sur une traction (voiture à roues avant motrices) dont le moteur est placé en travers, les deux arbres de transmission, qui relient la boîte de vitesses aux roues, n’ont pas la même longueur. Sous forte accélération, le volant tire donc légèrement d’un côté, un phénomène appelé effet de couple et bien connu sur les modèles puissants. Si ce tirage apparaît sur une voiture qui n’en avait pas, ou dès une accélération modérée, faites vérifier les supports moteur (blocs en caoutchouc qui fixent le moteur à la caisse) et les cardans (articulations au bout des arbres de transmission).
Dans quel ordre faire contrôler votre voiture ?
Commencez par les vérifications qui ne coûtent rien, puis laissez au garagiste celles qui demandent un pont élévateur ou un banc de géométrie. Chaque étape n’est utile que si la précédente n’a pas réglé le problème.
| Étape | Ce qui est vérifié | Qui s’en charge | Coût indicatif (octobre 2026) |
| 1 | Pression des quatre pneus, à froid | Vous, à la station-service | Gratuit |
| 2 | Usure des pneus, puis inversion des roues avant si les pneus sont récents | Vous, avec le cric et la clé fournis avec la voiture, ou un garage | Gratuit si vous le faites vous-même |
| 3 | Freins, rotules, biellettes, silentblocs et amortisseurs, sur pont élévateur | Un garage | De 77 à 212 € de main-d’œuvre pour le diagnostic |
| 4 | Remplacement de la pièce en cause, puis réglage de la géométrie | Un garage équipé d’un banc de géométrie | À partir de 25 € de main-d’œuvre pour un étrier de frein, pièce en plus |
Repousser le passage au garage finit par coûter plus cher que le diagnostic. Chaque kilomètre parcouru avec une géométrie faussée fait frotter la bande de roulement de travers sur la chaussée. Vous risquez alors de devoir remplacer deux pneus avant dont un bord est lisse, alors que le reste de leur sculpture est encore bon.
FAQ
Le contrôleur fait rouler la voiture au pas sur une plaque mobile, qui mesure le ripage, c’est-à-dire le glissement latéral des roues avant sur le sol. Un ripage hors tolérance est inscrit sur le procès-verbal et peut entraîner une contre-visite. Un jeu dans une rotule ou une biellette de direction fait aussi partie des défauts relevés pendant l’examen sur fosse.
Retournez au garage avec la facture du réglage. Si seul le train avant a été réglé, demandez un contrôle des quatre roues. Un train arrière décalé pousse la voiture de biais, même avec des roues avant parfaitement alignées. Quand les quatre roues sont conformes, la cause est à chercher du côté d’un pneu ou d’un étrier de frein.
Non. L’équilibrage, qui consiste à fixer des masselottes (petits poids de métal collés ou agrafés sur la jante) pour que la roue tourne sans vibrer, se fait à chaque montage. La géométrie ne se refait qu’après un choc ou quand les anciens pneus montraient une usure sur un seul bord.
Oui. Le poids posé sur la boule d’attelage fait baisser l’arrière de la voiture et relève légèrement l’avant. Moins appuyées sur la chaussée, les roues avant accrochent moins bien la route. Un porte-vélos vertical, qui tient les vélos debout, déséquilibre aussi la charge quand les vélos les plus lourds sont tous du même côté, par exemple un vélo électrique de 25 kg à gauche et un vélo d’enfant à droite. Le problème ne se pose pas avec un porte-vélos sur lequel les vélos sont posés à plat, en travers de la voiture. Gonflez vos pneus à la pression prévue pour un véhicule chargé et placez le vélo le plus lourd au plus près de la voiture.
Note de bas de page :
- Banc de géométrie : appareil de mesure installé au garage, composé de capteurs ou de caméras fixés sur chaque roue. Il mesure le parallélisme, le carrossage et la chasse, puis les compare aux valeurs prévues par le constructeur. Le mécanicien corrige ensuite les réglages en suivant les écarts affichés à l’écran. ↩︎

