- Comprendre la carte grise suisse : comment décoder le permis de circulation ?
- La régularisation douanière : première étape pour immatriculer votre véhicule
- CNIT et contrôle technique pour l’immatriculation en France
- Quels sont les documents requis pour la carte grise française ?
- Calculer la puissance fiscale et anticiper les coûts d'immatriculation en France
- Comment circuler en toute légalité sans la carte grise en France ?
Chaque année, environ 65 % des voitures d’occasion importées en France viennent de pays voisins, dont la Suisse qui attire de nombreux acheteurs grâce à ses véhicules bien entretenus et bien équipés. Mais comme elle ne fait pas partie de l’Union européenne, les démarches d’immatriculation en France sont plus strictes. Dans la pratique, les blocages viennent des codes spécifiques de la carte grise suisse et des documents manquants lors du dossier d’immatriculation en France. On vous explique tout.
Comprendre la carte grise suisse : comment décoder le permis de circulation ?
En Suisse, la carte grise s’appelle le permis de circulation. Il se présente sous la forme d’un volet sécurisé bleu ou gris.
Explication des codes principaux de la carte grise suisse
Le document suisse utilise des cases spécifiques qu’il faut savoir associer aux rubriques de la réglementation française lors du remplissage du formulaire en ligne, pour éviter tout rejet de l’ANTS.
| Code suisse | Signification en Suisse | Équivalent sur la carte grise française | Utilité pour l’ANTS |
| Case 24 | Réception par type | Case K (si homologation européenne) | Identifie le type du véhicule, mais bloque si le code est 100 % suisse (nécessite le COC). |
| Case 30 | Poids à vide | Case G (Masse en ordre de marche1) | Sert de base pour calculer le malus au poids français. |
| Case 23 | Numéro de châssis / VIN | Case E (Numéro d’identification) | Identification unique de la voiture pour l’homologation et la sécurité. |
| Case 36 | Première mise en circulation | Case B (Date de 1ère immatriculation) | Détermine l’âge de la voiture, la décote des taxes et la périodicité du contrôle technique. |
| Case 25 | Carrosserie | Case J.3 (Carrosserie) | Vérification de la conformité du format du véhicule (break, berline). |
| Case 72 | Code d’émissions | Case V.9 (Pas d’équivalent direct du code) | Indique la norme Euro pour l’attribution de la vignette Crit’Air. |
| Case 76 | Puissance en kW | Case P.2 (Puissance nette maximale) | Base de calcul indispensable pour définir la puissance fiscale. |
La régularisation douanière : première étape pour immatriculer votre véhicule

Acheter une voiture en Suisse et l’immatriculer en France impose un passage obligatoire par la douane, vu que Suisse n’est pas membre de l’UE. En vertu du Code des douanes de l’Union européenne, le franchissement de la frontière douanière française déclenche d’office deux obligations légales :
- le contrôle de la marchandise et
- le paiement des taxes nationales (TVA + droits de douane).
L’obtention du certificat de dédouanement 846 A
Dès le passage de la frontière, vous devez déclarer le véhicule pour acquitter la TVA française de 20 %. Cette taxe s’applique sur le montant exact inscrit sur votre facture d’achat ou votre certificat de cession. Si vous ne présentez aucun justificatif de paiement écrit, les douaniers calculent les 20 % sur la base de la cote officielle du véhicule, ce qui s’avère généralement moins avantageux.
Si la voiture est de marque européenne et que le vendeur certifie l’origine sur la facture, vous ne payez pas les droits de douane de 10 %. En revanche, si le véhicule est fabriqué hors UE (Japon, USA), vous payez les droits de douane en plus de la TVA obligatoire.
À la fin de cette procédure, les douanes vous remettent le certificat de dédouanement 846 A. Ce document remplace officiellement le quitus fiscal et constitue le seul justificatif fiscal accepté par l’ANTS pour votre dossier de carte grise.
Si vous quittez la Suisse pour installer votre résidence principale en France, le certificat 846 A vous est délivré gratuitement, sans TVA. Cette exonération s’applique si vous possédez et utilisez le véhicule en Suisse depuis plus de six mois.
CNIT et contrôle technique pour l’immatriculation en France
Une fois la douane passée, vous devez préparer les justificatifs techniques nécessaires pour que l’ANTS puisse enregistrer la voiture dans son système informatique via son Code National d’Identification du Type (CNIT).
Le certificat de conformité européen (COC) ou la procédure de RTI
Pour enregistrer la voiture, l’ANTS doit l’identifier dans son fichier informatique. Elle utilise pour cela le numéro de la case 24 de votre carte grise suisse. Si ce numéro est reconnu, l’administration trouve instantanément le CNIT, le code d’homologation officiel du modèle.
Si la case 24 est vide ou le numéro inconnu, vous devez fournir le Certificat de Conformité Européen (COC). Ce document technique, disponible sur le site du constructeur, prouve le respect des normes de sécurité européennes.
Enfin, si la voiture provient d’un marché hors Europe ou a subi d’importantes modifications techniques (moteur modifié, aménagement de camping-car), le COC est impossible à obtenir. Vous devrez alors passer une Réception à Titre Isolé (RTI). C’est une inspection physique du véhicule menée par la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) pour vérifier qu’il est conforme pour rouler en France. À l’issue de l’inspection, la DREAL vous délivre un procès-verbal de réception qui remplace le CNIT ou le COC auprès de l’ANTS.
Le passage obligatoire au contrôle technique français
Même si le véhicule dispose d’un contrôle technique suisse récent, l’administration française exige une inspection réalisée sur le sol national si la voiture a plus de quatre ans. Le contrôle technique suisse n’a aucune valeur légale pour l’ANTS. Pour repasser ce contrôle en France, vous devez fournir le permis de circulation suisse et le certificat de conformité.
Quels sont les documents requis pour la carte grise française ?
Une fois les contrôles techniques et douaniers validés, vous pouvez soumettre votre demande sur la plateforme officielle de l’ANTS. Voici les pièces à fournir :
- Le permis de circulation suisse original (la carte grise suisse) portant la mention d’annulation ou d’exportation.
- La demande d’immatriculation (Cerfa n° 13750*05).
- Le certificat de dédouanement 846 A original remis par les douanes françaises.
- Le certificat de conformité européen (COC) ou le procès-verbal de réception (PV de RTI) de la DREAL.
- Le certificat de contrôle technique français datant de moins de 6 mois.
- La facture d’achat ou le certificat de cession.
- Un justificatif de domicile français, une pièce d’identité en cours de validité, votre permis de conduire et l’attestation d’assurance française du véhicule.
Calculer la puissance fiscale et anticiper les coûts d’immatriculation en France

Pour fixer le prix de votre carte grise, l’ANTS détermine d’abord la puissance fiscale ou nombre de chevaux fiscaux (CV) du véhicule. Ce calcul s’appuie sur la puissance nette en kW (case 76 du permis suisse) et sur les émissions de CO2 (g/km). Les données d’émissions de CO2 sont récupérées via le CNIT, le COC ou la RTI puisque la case V.7 (CO2) du document français n’a pas d’équivalence sur la carte grise suisse.
Pour les voitures commercialisées depuis 2020, la puissance fiscale est calculée uniquement à partir de la puissance en kW :
CV = 1,34 + 1,8 x (kW / 100)2 + 3,87 x (kW / 100)
Pour les véhicules plus anciens (1998 à 2019), on utilise la puissance et les émissions de CO2 :
CV = (CO2 / 45) + (kW / 40)1,6
Cette puissance fiscale (arrondis à l’unité la plus proche) permet de déterminer la taxe régionale, dont le tarif unitaire varie selon votre département de résidence. Par exemple, pour un véhicule dont la puissance fiscale est de 7 CV, sa taxe régionale s’élèvera à :
- En Île-de-France (68,95 euros x 7) : 482,65 euros
- En Corse (53 euros x 7) : 371 euros.
Le coût final de la carte grise intègre, en plus de la taxe régionale, les malus écologique et poids, la taxe de gestion et d’envoi à domicile de la carte grise.
Si le véhicule est un modèle d’occasion, sachez que les malus écologique et poids bénéficient d’une réduction de 10 % par année entamée depuis la première mise en circulation.
Comment circuler en toute légalité sans la carte grise en France ?
Vous ne pouvez pas rouler en France avec les plaques suisses du vendeur. En Suisse, les plaques sont liées à la personne et non à la voiture, le vendeur les conserve donc après la vente pour les restituer à son administration.
Pour ramener le véhicule par la route, vous devez acheter des plaques de transit suisses à la douane ou demander une immatriculation provisoire WW en France. Ce certificat provisoire de circulation vous permet de rouler pendant quatre mois maximum, le temps que l’ANTS traite votre dossier.
De plus, vous devez obligatoirement assurer le véhicule dès son entrée en France. Votre assureur vous délivrera une attestation provisoire. Ce document temporaire est indispensable pour rouler, car il vous couvre légalement sur la voie publique en attendant vos plaques définitives. C’est également une pièce justificative obligatoire pour l’ANTS, sans laquelle votre demande de carte grise sera bloquée.
Note de bas de pagev
- Masse en ordre de marche : poids réel d’un véhicule prêt à être utilisé dans des conditions normales de circulation. Elle inclut le véhicule avec ses équipements de série, les liquides nécessaires à son fonctionnement (carburant, huile, liquide de refroidissement, etc.) ainsi qu’un conducteur pris en compte selon les normes de calcul en vigueur. Cette valeur sert de référence pour connaître le poids du véhicule avant l’ajout de passagers, de bagages ou de marchandises. ↩︎

